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09/09/2008

CENTRAUX TELEPHONIQUES partie II // ARCHITECTURE INDUSTRIELLE

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Choses promises, choses dues, voilà la suite du post datant de la semaine dernière de Scrapper's Run. Bonne lecture! 

_Neoalchimiste.

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Ne reste maintenant qu'à vous présenter le dernier des 4 centraux téléphoniques. Mais avant toute chose, une petite explication me semble nécessaire afin que vous puissiez comprendre en quoi ce dernier bâtiment me semble plus intéréssant que les trois autres, qui restent néanmoins magnifiques.

Cette explication concerne le rôle du concepteur. Quelle est donc la position de l’architecte dans la démarche raisonné d’un projet ? ce dernier, dit maître d’œuvre, doit en premier lieu satisfaire un client, commanditaire, dit maître d’ouvrage, qui - généralement - finance le projet. Beaucoup de personne pense que le métier d’architecte consiste à dessiner. Mettez-vous donc un instant à la place d’un client. Qu’attendriez-vous de l’architecte ? Des dessins ? Des plans ? Mais comme vous vous fourvoyez mes amis !!! Un client se moque éperdument des dessins, et n’attend que le produit fini ! [J’exagère, mais l’esprit est là ^^]

Le dessin est surtout un outil de communication pour l’architecte, car ce sont surtout les entreprises qui auront besoin des plans, façades et autres coupes pour mener à bien les travaux et atteindre les objectifs voulus. L’architecte doit donc satisfaire les exigences fonctionnelles et techniques, mais également inscrire le projet dans le respect des règles d’urbanismes imposées par la commune concernée [hauteurs, gabarits, surfaces, emplacement sur la parcelle, etc.] car il est également impératif de satisfaire les politiques et les habitants afin que le projet puisse se faire sans porter de préjudice, que ce soit envers les riverains ou la ville, en « dégradant » son paysage urbain.
Il n’y a pas réellement de « principe » de conception, chaque architecte porte ses valeurs ; certains partent sur des voies formelles et plastiques, d’autres sont plus techniques et fonctionnels, et d’autre encore concilient forme et fonction... Mais il existe néanmoins trois axes qui guident l’instant de réflexion, et qui influent sur le dispositif créé :

-l’axe « fonctionnel » ; celui-ci caractérise les besoins d’un projet [nombre de pièce, types de locaux, etc.] en tenant compte du programme souhaité par le client, mais aussi des impératifs techniques : chauffage, éclairage, alimentation en eau....

-la notion de « repère urbain » ; cet axe regroupe les caractères formels qui permettront à l’édifice d’être « lu » par les personnes, afin de pouvoir le repérer depuis la rue ou encore distinguer son programme depuis l’extérieur ou depuis l’intérieur ; par exemple, dans un projet comprenant des bureaux et des logements, marquer une séparation plastique et/ou volumétrique entre ces deux fonctions facilite leur identification et donc leur accès... ce qui peut se révéler pratique lorsque des autorités ou des secours doivent s’aventurer en ces lieux ! Bref, c’est sans compter que nous ne construirons pas une mairie comme nous bâtissons un immeuble de logement...

-enfin, l’axe dit « symbolique » ; ce dernier point affirme une identité forte pour les projets représentant des valeurs, des « vitrines » nationales comme par exemple le célèbre stade olympique de Chine appelé « nid d’oiseaux ». Ce type de projet correspond à un point de convergence urbain massif en terme de flux humain, d’où l’intérêt d’amplifier la notion de repère urbain par une symbolique. Cela le rend visible et identifiable, en l’ancrant dans un lieu précis... Maintenant, qui dit « nid d’oiseaux » dit « Pékin »...

Navigant entre ces trois axes, l’un de ces derniers prendra forcement le dessus lors de la conception du dispositif afin d’arriver à concilier les volontés et les exigences de tout les acteurs d’un projet...

J'espère que cette explication vous aidera à présent à mieux cerner notre métier :) ...

Achevons notre présentation de ces 4 centraux téléphoniques parisiens de notre sélection avec le dernier et surment le plus intéréssant des quatre sur le plan architectural, le centrale téléphonique Bergère...


Comme à l'accoutumer, une chanson en lien avec le thème du jour pour accompagner votre lecture, le titre "Téléphone" du groupe TTC, tiré de l'album "3615 TTC" (2006).
podcast

> CENTRAL TELEPHONIQUE BERGERE :
2-10, rue Bergère, 75009.

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En se promenant le long de la rue du Faubourg Poissonnière, vieille voie déjà présente sur les plans de Bâle [ou plan de Truschet & Hoyau, Paris vers +1550] et actuellement voie de séparation entre le 9ème et le 10ème arrondissement parisien, nous menant vers le Nord en direction du Clignancourt et du Sacré Cœur, nous pouvons apercevoir au croisement avec la rue Bergère, cet intrigant bâtiment : le central téléphonique Bergère. En quoi peut-il être intrigant, chers amis ? Construit en 1911 par l’architecte François le Cœur, concepteur du central téléphonique Archives [présenté précédemment], ce projet abritait à la fois les services administratifs et le central.

Je suppose que les personnes ayant l’œil auront vite fait de voir la grande particularité de ce projet ; les autres lecteurs, accompagnés des quelques indices qui vont suivre, peuvent tenter de deviner en quoi ce projet me fascine...

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Ci-dessus, s’affiche respectivement un immeuble de logements à Grigny [91, Essonne, banlieue Sud de Paris], à l’intersection de la rue du Plessis et du canal ; puis les ateliers de la rue Jacques Callot dans le 6ème arrondissement de Paris, anciennement ateliers de l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Paris Val de Seine ; et enfin des logements, rue des Haies, dans le 20ème arrondissement de Paris. Commencez vous à voir le rapport avec notre central Bergère ?

Ci-dessous, nous observons la carte du 9ème arrondissement, marquant la situation urbaine autour de 1871 et localisant le central, cerné par les opérations de voirie effectuées cinquante années avant sa construction. Cette carte, retouchée pour les besoins de ce post, est fournie par l’APUR, Atelier Parisien d’Urbanisme, et montre la naissance du croisement de la rue Sainte Cécile ainsi que de la rue du Conservatoire, cette dernière étant une voie délimitant le parcellaire dans lequel s’inscrit le central. Remercions Google Earth pour la vue aérienne qui suit [image retouchée].
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Les indices précédemment donnés correspondent, et vous l’aurez bien remarqué, à des angles de bâtiments, situés à l’intersection d’un réseau viaire. Ces mêmes images montrent également que ce sont des espaces stratégiques dans un projet, où nous préférerons nous ouvrir dans ces articulations, par des fenêtres, balcons et autres murs-rideaux, pour une dégager une perspective de choix ; en effet, s’ouvrir sur une intersection, un carrefour, donne une vue bien plus agréable qu’un vis-à-vis.

Placé sur une artère principale de l’arrondissement, la rue du Faubourg Poissonnière, le central téléphonique Bergère bénéficie d’un traitement radical de sa façade d’angle : cette façade est une façade aveugle, c'est-à-dire qu’elle ne possède pas d’ouvertures, de fenêtres ; seules les belles briques orangées reposant sur un soubassement en ciment armé, les ouvertures en rez-de-chaussée protégées par de sublimes grilles en fer forgée, ainsi qu’une horloge en fer forgé orné de signes du zodiaque réalisée par le sculpteur Szabo sur un dessin de l’architecte Le Cœur, animent et personnalisent cette façade.
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Pourtant, cette façade reste discrète, et je pense que peu de passants remarqueraient ce bâtiment, et seule une minorité pourrait être interpellé par l’absence d’ouvertures... Ce choix est audacieux car, mettons-nous à la place d’un client : qui voudrait se renfermer sur un espace aussi stratégique ?
Cette démarche assez osée se trouve d’une part atténuée par le traitement volumétrique, mais trouve aussi son rôle dans le fonctionnement et l’insertion de l’édifice dans ce tissu parisien : sur les modélisations 3D schématiques et volumétriques qui suivent, représentant la vue depuis la rue du Faubourg Poissonnière et réalisées à l’aide de Google SketchUp, nous pouvons distinguer deux situations envisageables lors de la mise en place du dispositif, la seconde étant celle choisi par l’architecte :
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Le choix de mettre en retrait le second volume depuis la rue permet, d’une part, de séparer la partie « technique » de la partie administrative - cette dernière voit son entrée matérialisée et repérable par les passants via la profondeur créée ; d’autre part, ce retrait atténue le volume de la zone « technique » du central, et lui donne une indépendance.
Dans le contexte temporel de ce projet, il était important de s’insérer dans le site sans choquer les riverains, mais tout en permettant à ces actuels locaux de France Télécom de capter l’attention des personnes recherchant  à y accéder... Donc, ne pas se faire remarquer tout en se faisant voir... ^^

Ainsi l’architecte traitera ce volume en opposition avec les bâtiments alors existants, supprimant les ouvertures et épurant la façade d’angle afin de créer un contraste dans la lecture du tissu. Il offrira à l’édifice un caractère administratif par l’installation de l’horloge, lui donnant toute son importance fonctionnelle dans la société.
Autre point important à souligner, c’est le talent que les architectes possèdent pour mêler fonction, technique et esthétique dans la production d’un projet : ce mur aveugle n’a pas seulement vocation de repère urbain, il sert également de point d’appuis aux câbles des répartiteurs.

Par cet angle quasi-aveugle, nous obtenons donc cette séparation fonctionnelle entre l’accès / zone administrative et les salles  « techniques », mais tout en assurant une unité formelle et institutionnelle. Applaudissons l’architecte, qui a pu convaincre les commanditaires de valider ce choix ! Ci-dessous, l’accès des bureaux de France télécom, suivi par la promenade le long de la rue Bergère.
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Exposée plein Sud, la façade rue Bergère profite de l’ensoleillement idéal, d’une qualité d’ouverture nécessaire et d’un traitement très raffiné, au rythme structurel et plastique imposant le respect. Le bâtiment s’achève par les locaux de la Poste, souvent associés aux centraux téléphoniques...
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Nous nous éloignons doucement de ce central téléphonique Bergère pour terminer ce post [par la poste! Hahaha !!! ... euh... désolé], avec la volonté de pousser les gens à ne plus se contenter de passer devant des choses absolument étonnantes, et inciter chaque individu à s’animer d’une saine curiosité, sans porter de jugement purement subjectif devant ce que nous contemplons ; qu’il ne s’agisse plus de se dire « c’est magnifique ! » ou « ce que c’est laid ! », mais de se demander « pourquoi ? ». Cela demande un grand effort et un long travail sur soi, mais cela n’est point impossible ;) ...

Je tiens à remercier au passage mon ami Néoalchimiste pour m’avoir ouvert les portes de son univers, et par là permis d’ouvrir et développer un sujet sur son blog, sujet que j’espère pouvoir compléter avec des lecteurs passionnés, pouvant m’aider à renforcer mes connaissances, me corriger et me guider.

Bonne balade !!! ;)
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_Scrapper's Run.

Commentaires

Vraiment très très sympa! La deuxième partie est à l'image de la première: EXCELLENTE!! Donc un bravo s'impose!

Écrit par : Tombeducamion | 12/09/2008

En passant dans le quartier, un quartier que je connais pourtant bien, j'ai remarqué cet édifice impressionnant. Je suis très intriguée par cette horloge avec ses 24 numeros dont aucun pratiquement ne se trouve à sa place traditionnelle sur une horloge. Vous auriez une explication là-dessus? En tout cas merci pour cet artcle passionnant.

Écrit par : Claude | 29/08/2009

Très bon article!

En ce qui concerne l'horloge, elle possède un cadran de 24 heures, les heures sont dans le bon ordre, mais décalées, de manière à ce que midi (12 heures) se retrouve en haut.

Écrit par : Jason Leroi | 13/01/2013

Les commentaires sont fermés.

 
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