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11/03/2009

UN COLLECTIF SI INDIVIDUEL... // BALADES

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Les lecteurs réguliers de mon ami Néoalchimiste savent que mes interventions sur son blog portent généralement sur l’architecture industrielle, une spécificité de la discipline qui me fascine, pour des raisons que je dévoile au fur et à mesure que je vous expose mes découvertes au cœur de la capitale française...

Ma balade passera par le 19ème arrondissement, une des zones portant l’un des plus lourd passé industriel de Paris. Ceux qui me connaissent se diront sûrement que je vais à coup sûr vous parler des ex-abattoirs de la Villette, ou bien des Ateliers Municipaux de la ville de Paris réalisés par la célèbre agence RPBW, mais, bien que je compte le faire, ce ne sera pas le sujet d’aujourd’hui...

En effet, c’est sur un immeuble de logement que mon attention s’est portée cette fois-ci, un bâtiment affichant un dispositif qui déchire très original, et d’une grande qualité... En route pour le 46, rue de l’Ourcq !


Lorsque nous rentrons chez nous, ou bien en d’autres lieux [que ce soit chez des amis, des proches ou bien des lieux publics] nous constatons que nos comportements varient en fonction du respect que nous attribuons à l’espace, mais également en fonction de la qualification de celui-ci. En particulier si nous abordons la notion « d’habiter », celle-ci se présentant sous diverses formes, majoritairement partagées entre l’habitat individuel et collectif.

Lorsque nous rentrons dans un espace occupé par une habitation individuelle, le rapport à l’espace public peut tout de suite être rompu au niveau de la limite parcellaire [portail, grillage...] et ceci même si nous traversons par exemple un jardin ou une terrasse pour accéder à la porte d’entrée de la maison, car cette zone sera automatiquement qualifiée par l’esprit comme étant privée. Cela étant sûrement dû à notre « patrimoine contractuel », qui assure qu’en France, contrairement à l’Angleterre,  celui qui achète une maison achète également le terrain sur lequel elle est bâtie.

Dans le cas d’une habitation collective, la démarche s’avère différente ; bien que l’on puisse trouver un gardien et une porte privant l’accès aux étrangers, la réflexion d’un propriétaire [ou même d’un locataire] expose une occupation privée et délimitée dans une entité collective : en effet, pour atteindre son appartement, nous devons traverser des espaces collectifs qui priment sur notre bien [achat] personnel, c’est à dire le hall d’entrée, les boites aux lettres, les couloirs, les escaliers, les ascenseurs...

Tous ces éléments étant placés dans un « intérieur », ils n’appartiennent pas aux visiteurs, mais en même temps ne nous appartiennent pas non plus.

C’est en ce point que le projet de logements collectifs réalisé en 1993 par l’architecte Philippe Gazeau prend tout son intérêt. Je vous propose de le découvrir en image, accompagné en musique par les rappeurs Akhenaton & Toko, « Quand ils rentraient chez eux » :


podcast

Akhenaton feat. Toko, « Quand ils rentraient chez eux », album « Soldats de Fortune », CD1 piste 17, 361 records, 2006.

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Ci-dessus, le bâtiment s’organise le long d’un axe, matérialisé par une « faille » sur la rue de l’Ourcq, où une façade de briques noires [parements], mise en retrait, permet de distinguer ce projet des autres immeubles de la même rue, tout en restant dans l’idée conceptuelle d’absorption et de profondeur que sous-entend cet axe, ce dernier assurant la distribution des appartements sur un parcellaire tout en longueur. Sur la rue, en rez-de-chaussée, nous trouverons un local commercial et l’accès au parking sous terrain. Les logements sont ainsi préservés du manque d’intimité que peut engendrer un trottoir, et se composent de manière aléatoire par ses percements, où fenêtres et persiennes métalliques se mêlent de manière à ne pas permettre la détermination des typologies de chaque appartements, donnant ainsi un aspect lié pour les deux volumes distincts, malgré la « faille » présente et dominante.

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Dans cette « faille », nous trouverons la zone commune permettant d’atteindre les appartements. Plutôt que d’avoir une cage d’escalier complètement close et des couloirs étroits et obscurs, ici tout est naturellement éclairé, les escaliers étant extérieurs, et des coursives assurant la connexions avec chaque habitations. Tout en étant un espace où l’on peut échanger librement avec ses voisins, celui-ci reste à la fois commun mais privé, extérieur mais protégé, intime.

En ces lieux, nous n’occupons plus un appartement clos et fermé, mais un volume visible et accessible, repérable mais distant de l’activité de la rue de l’Ourcq.

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Le parcellaire s’achève par une volumétrie extrêmement bien conçue, mais nous ne pourrons que regretter la présence d’un petit « bout » de « jardinet » avec trois arbres plantés, qui manque de travail et d’élégance... Peut-être que depuis la prise de ces photographies, fin 2007, les choses ont pu changer... Mais bon, le lieu n’en est pas moins agréable pour autant !  ^^


« Si Elanthe a dit le choix de l’extérieur c’est un luxe, c’est pour deux raisons qui ne coïncident pas absolument :

1. c’est un luxe parce que c’est un luxe de choisir son logement ;

2. c’est un luxe parce que c’est un luxe, choisissant son logement, d’être par conséquent en état de choisir l’aspect extérieur.

De cela tous les habitants sont parfaitement conscients. Ainsi Aquintus explicite fort bien cette absence (ou ce refus) de ce qu’on appelle "extérieur" dans la relation parfaite : dans une maison individuelle... l’extérieur compterait mais dans un appartement en cité on n’a pas l’impression d’en avoir un... on est anonyme... c’est un appartement parmi tant d’autres donc... c’est l’intérieur qui compte... on nous a mis des troènes sans nous demander si on préférait des balustrades... alors je trouve que l’extérieur c’est pas tellement important.  [...]

La possibilité et la nécessité de l’aménagement intérieur s’opposent à l’impossibilité d’aménager l’extérieur. On vit désormais à l’intérieur et non à l’extérieur [...]. L’exclusion de l’extérieur de l’immeuble ce n’est pas l’indifférence, c’est la crainte qu’on ne soit confondu avec l’immeuble. A la base du rejet de l’extérieur en tant que tel, il y a donc un rapport avec l’autre, avec les "gens" [...]. L’extérieur du logement apparaît donc comme le point de départ, celui qui donne à juger de l’intérieur. »

RAYMOND Henri, "L’Architecture, les Aventures Spatiales de la Raison", collection "Alors :" aux éditions Centre Georges Pompidou, Centre de Création Industrielle, 1993. Pages 191 / 192.


Bonne Balade !

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_Scrapper’s Run.

Commentaires

Génial! Superbe construction! Merci pour la balade. Encore un endroit où il va falloir aller en repérage!

Écrit par : sheily | 11/03/2009

Sheily : surtout que si mes souvenirs sont bons, tu es une grande fan du XIXème arrondissement ;)

Écrit par : Scrapper's Run | 11/03/2009

Et je ne suis toujours pas allée faire le tour de cet arrondissement.
Superbe reportage, ça donne envie d'y aller, j'espère bien que ce sera bientôt. Avant d'y aller, je viendrai re-lire ce sujet avant, pour ne pas rater les détails. ;)

C'est un arrondissement plein de constructions qui devraient te plaire, c'est sûr, donc, on attend pas mal de reportages concernant ce coin.

Écrit par : Détails | 14/03/2009

Détails : effectivement, c'est un arrondissement très riche en architecture industrielle, la Villette à elle seule représente un gros boulot lol
Je compte sur toi pour aborder le XIXème ;)

Écrit par : Scrapper's Run | 14/03/2009

Oui, j'aborderai cet arrondissement c'est certain. Depuis le temps que je voulais le faire mais quelques infos et des photos me manquent, pour l'instant ce ne sera pas possible d'y aller mais bientôt.

N'empêche que les dernières photos montrent un calme absolu, on ne dirait pas Paris. ;)
(C'est bien que tu as mis un plan, je saurais trouver mieux l'endroit, Merci ;))

Écrit par : Détails | 14/03/2009

Détails : oui c'est vrai que cela parait extrêmement calme, de par le traitement de la parcelle, l'architecte a pu fournir ici aux parisiens une nouvelle manière de percevoir l'habitation. J'aborderai mercredi prochain une autre manière d'approcher le logement, dans le XIIIème arrondissement [que tu connais sûrement, c'est l'un de tes secteurs privilégié] ;)
Pour le plan, de rien, remercions Google [GoogleMap et StreetView] :)

Écrit par : Scrapper's Run | 14/03/2009

Oui, le XIIIème a le mérite d'avoir des nouvelles constructions, d'où le fait qu'il me soit privilégié, pourvu que ce virus de constructions se propage ailleurs. ;)
Ceci-dit comme tu le montres de temps en temps et que je remarque avec mes promenades, ailleurs aussi il y a des petites choses, il faut juste les chercher.

Écrit par : Détails | 17/03/2009

Détails : Oui, beaucoup de constructions neuves dans le XIIIème, mais celle que j'aborderai demain va bientôt souffler ses 30 bougies ;)
Et je suis d'accord avec toi, j'espère aussi que ce virus constructif se propage ailleurs :)

Écrit par : Scrapper's Run | 17/03/2009

Les commentaires sont fermés.

 
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